Journée des droits de l’homme : la sécurité des Roms comme enjeu politique européen
À l’occasion de la Journée internationale des droits de l’homme, une délégation d’organisations et de partis politiques roms issus de plusieurs pays européens a séjourné à Bruxelles les 9 et 10 décembre 2025, où elle a porté devant le Parlement européen et la Commission européenne la question de la dégradation alarmante de la situation sécuritaire des Roms en Europe. Il s’agit de la première fois qu’une délégation rom politico-civile, agissant de manière coordonnée au niveau européen, place la sécurité des Roms au cœur des discussions institutionnelles de l’Union européenne.
La délégation, à laquelle participait également le Roma Center / Roma Antidiscrimination Network, réunissait des représentants de Belgique, d’Allemagne, de Roumanie, de Serbie et du Royaume-Uni. Les membres de la délégation sont en même temps des représentants de la Global Roma Alliance for Strategic Security (GRASS), fondée en 2025 avec pour objectif de sortir la question de la sécurité des Roms du cadre strictement social et de la positionner comme un enjeu central des droits humains, de la démocratie et de l’État de droit en Europe.
Une lacune sécuritaire dans les politiques de l’UE
La visite à Bruxelles fait suite à une communication officielle adressée par GRASS à la Commission européenne durant l’été 2025, dans laquelle l’Alliance soulignait que la nouvelle stratégie de sécurité de l’UE reconnaît la sécurité des communautés juives et musulmanes, tout en excluant totalement les Roms. Dans leur réponse de septembre 2025, la commissaire Hadja Lahbib et le commissaire Magnus Brunner ont, pour la première fois, reconnu explicitement que la sécurité des Roms constitue une question prioritaire pour la Commission européenne.
Avec le soutien organisationnel de l’Alliance libre européenne (ALE/EFA), la délégation a mené, sur deux jours, des discussions de haut niveau avec des représentants de la Commission européenne, du Parlement européen et de l’Agence des droits fondamentaux de l’Union européenne (FRA). L’objectif de ces rencontres était clair : initier des mesures concrètes et institutionnelles afin de protéger les Roms contre les violences à motivation raciste, l’extrémisme, les brutalités policières et le racisme institutionnel.
Les Roms – un peuple sans État, mais porteur de droits européens
Au cours des échanges, il a été souligné que la situation des Roms ne peut être comparée à celle d’autres communautés minoritaires. Les Roms constituent le seul peuple d’Europe présent dans presque tous les pays du continent, sans disposer d’un État propre ni d’un cadre institutionnel de protection. Pour cette raison, les institutions de l’UE représentent souvent la seule instance à laquelle les Roms peuvent s’adresser.
La délégation a mis en garde contre la criminalisation croissante des Roms et leur traitement comme un « problème de sécurité », combinés à une exclusion sociale persistante, qui sapent les fondements mêmes de la démocratie européenne. Comme l’a déclaré l’un des représentants :
« Si les Roms, qui vivent dans chaque pays européen, ne sont pas protégés, alors, à terme, personne en Europe ne l’est. »
Visibilité, représentation et responsabilité politique
Une attention particulière a été portée à la question de l’invisibilité politique des Roms. Dans la législature actuelle du Parlement européen, aucun député n’est issu de la communauté rom, tandis que les Roms disparaissent progressivement des documents et stratégies clés de l’UE – bien qu’ils soient plus nombreux que la population de nombreux États européens. Parallèlement, les pays candidats à l’adhésion sont tenus d’améliorer la situation des Roms, alors que l’UE elle-même tend à les exclure de ses cadres stratégiques, envoyant ainsi un message politique dangereux dans un contexte de montée de l’extrême droite.
La situation en Allemagne a été évoquée comme illustration de ce problème à l’échelle européenne : les Roms y restent largement « invisibles », car ils sont recensés principalement selon leur nationalité et non leur appartenance rom, y compris lorsqu’ils sont victimes de crimes haineux, ce qui affaiblit la solidarité et l’empathie à leur égard.
Un premier pas vers un changement de paradigme
Les rencontres avec la présidente de l’ALE, Lorena Lopez de Lakale, le cabinet du commissaire Brunner, plusieurs députés européens – dont Loránt Vincze, président de l’Intergroupe des minorités – ainsi qu’avec des représentants de la FRA, marquent le début d’un processus dans lequel la sécurité des Roms est, pour la première fois, abordée comme un élément constitutif des politiques de sécurité européennes.
La délégation a clairement affirmé qu’un changement de paradigme est indispensable : la question rom ne peut plus être réduite à la seule inclusion sociale, mais doit être reconnue comme une question de sécurité, de droits humains et de participation politique. Sans cela, la lutte contre le racisme, l’extrémisme et les violences en Europe restera incomplète.
Message pour la Journée des droits de l’homme
Le 10 décembre, Journée internationale des droits de l’homme, la délégation a présenté les résultats de ses échanges lors d’une conférence de presse à Bruxelles. Le message était clair : la protection des Roms n’est pas uniquement l’affaire d’une communauté, mais un test décisif de la crédibilité de la démocratie européenne.
Aujourd’hui, la sécurité des Roms est le miroir de l’état des droits humains en Europe. Leur protection signifie un renforcement de la démocratie pour toutes et tous.
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