La justice doit aussi inclure les victimes roms du Kosovo
Le jugement rendu par les Chambres spécialisées du Kosovo à La Haye, condamnant les anciens dirigeants de l’UCK Hashim Thaçi, Jakup Krasniqi, Kadri Veseli et Rexhep Selimi à un total de 81 années d’emprisonnement pour crimes de guerre, constitue une étape importante dans l’établissement des responsabilités pénales individuelles pour les crimes commis pendant la guerre au Kosovo.
La Chambre a retenu la responsabilité des accusés pour plusieurs crimes de guerre, notamment des arrestations et détentions illégales, des traitements cruels, des actes de torture et des meurtres.
Pour notre organisation, engagée dans la défense des droits des Roms, la justice ne peut toutefois s’arrêter à certaines décisions judiciaires. Elle doit prendre en compte toutes les victimes, sans distinction d’origine nationale ou d’appartenance ethnique.
Nous souhaitons notamment rappeler les souffrances subies par les Roms au Kosovo pendant et après 1999.
Après le retrait des forces yougoslaves et serbes et l’arrivée de la KFOR en juin 1999, un grand nombre de Roms ont été contraints de fuir leurs foyers. Dès l’été 1999, Human Rights Watch avait documenté l’incendie et le pillage de maisons roms, ainsi que des menaces, des actes d’intimidation, des passages à tabac, des enlèvements et des disparitions. Des cas de familles roms directement contraintes de quitter leur domicile avaient également été recensés.
Dans certaines localités, les conséquences ont été particulièrement dramatiques. À Mitrovica, la Mahala rom, où vivaient environ 10 000 personnes avant la guerre, a été pillée et incendiée après le déplacement de sa population. Toute une communauté s’est ainsi retrouvée déplacée.
Human Rights Watch a également documenté le fait que les Roms figuraient parmi les groupes exposés aux violences et aux déplacements forcés après la fin du conflit. Selon ses recherches, un grand nombre de membres des communautés minoritaires ont quitté le Kosovo au cours des premières semaines de la présence internationale. Concernant spécifiquement les Roms, Human Rights Watch soulignait alors l’absence de données globales fiables permettant de mesurer l’ampleur de leur déplacement.
Aujourd’hui, lorsque nous parlons de justice et de responsabilité pour les crimes commis au Kosovo, nous ne devons pas oublier les victimes roms.
Les victimes roms ont, elles aussi, droit à la vérité.
Les victimes roms ont, elles aussi, droit à la justice.
Les familles roms ont, elles aussi, le droit de savoir ce qui est arrivé à leurs proches.
Nous ne demandons pas une culpabilité collective et nous ne cherchons pas à désigner un peuple comme collectivement responsable. Nous demandons que les responsabilités individuelles soient établies pour les crimes commis contre des victimes concrètes, conformément à la loi et aux faits établis par les autorités judiciaires compétentes.
Nous appelons donc les institutions compétentes à poursuivre les enquêtes et les procédures concernant les meurtres, les enlèvements, les disparitions, les actes de violence, les persécutions et les destructions de biens dont les Roms ont été victimes pendant et après la guerre au Kosovo.
Nos victimes ne doivent pas être oubliées simplement parce qu’elles étaient roms.
L’URYD continuera à défendre le droit des victimes roms à la vérité, à la mémoire, à la dignité et à la justice.
Car rendre justice à une victime ne doit jamais conduire à en oublier une autre.
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